lundi 26 janvier 2015

L'effet roller coaster: Toucher le fond provoque t-il vraiment une ascension fulgurante ?





Profitant d'un dimanche torrentiel pour m'abriter dans les salles obscures, j'ai opté pour la randonnée thérapeutique hardcore de Reese Witherspoon (Wild): un parcours rédempteur sauvage de deux heures où l'on souffre littéralement avec elle dès la première scène (spoiler: une histoire d'orteil pas super ragoutante). 

Si le film est trop formaté vers la marche aux Oscars et gagnerait à être délesté de ses incessantes litanies intérieures et ellipses/flashforward/flashback/ looping en délire, il appelle par ailleurs à divers questionnements psychologiques, voire métaphysiques, qui ne nécessitent pas forcément d'avoir un lourd passé de junkie sur le dos. 

Car si la métaphore n'est pas très fine, c'est bien ses erreurs et regrets que portent l'héroïne sur ses frêles épaules tout au long de son rude périple, sac qui lui sciera d'ailleurs la peau comme pour marquer au fer rouge ses "pêchés" au terme de sa pénitence. Le film adopte  un ton effrontément moralisateur, limite religieux, rappelant l'impétueuse nécessité de se racheter pour dormir la conscience tranquille. Une psychologie basique de la société du développement personnel américaine, obnubilée par le bonheur en kit et hypnotisée par les grands orateurs de "l'accomplissement".

Se dépasser pour dépasser ses problèmes

Comme pas mal d'êtres humains réveillés au parcours plus ou moins sinueux, j'ai eu ma dose d'épisodes malheureux ( un peu trop conséquente à mon goût...). 
Une étrange lubie est survenue au cours de cette période très sombre, après avoir retrouvé le droit de marcher et d'évoluer dehors: vivre à toute allure. Moi qui n'étais pas franchement branchée sport (et abonnée au banc de touche- c'est la vie-) c'était devenu un objectif , comme à titre de revanche.  

Après être restée des mois privée de "liberté", d'activité, je ne pensais qu'à m'envoler vers des contrées exotiques, faire du saut à l'élastique, de la plongée, courir, bref je me croyais dans un film d'action où le saut périlleux est aussi banal et vital que de s'oxygéner les poumons.

Bon évidemment, je n'ai pas pu m'inscrire à Koh Lanta d'emblée même si j'étais prête à taper la discute avec Denis Brognard et escalader des structures en rondins avec un bandana, mais après des mois de récupération, je rejoignais enfin un petit club de running d'un bon niveau. Après avoir cru mourir en soufflant comme un bœuf trop rougeaud (après l'échauffement) j'y ai redécouvert les bénéfices du dépassement personnel, remède salvateur et moyen de survie incroyable. Dont le second souffle, qui permet de prolonger l'effort longtemps.


C'est à ce moment précis que je suis devenue une grosse illuminée qui fait la salutation au soleil tous les matins.

Non en fait les choses sont un peu plus complexes que ça (même si mon alimentation est assez proche de celle de la cafet d'un ashram). Si l'on est (quasiment) prêt à tout, soudain saisi d'un sang froid à toute preuve et qu'on virevolte sur tous les tubes des années 80, le retour à la réalité est assez dur et nous place dans un perpétuel décalage (qu'illustre à merveille la série Enlightened -gif ci dessus-). 

Alors que notre vision du monde est différente, positive et enthousiaste, le monde a néanmoins continué de tourner pendant notre absence et se fiche éperdument de cette "révélation spirituelle" (en gros, en a rien à battre, disons les choses clairement). Il faut pourtant se réadapter, affronter le jugement extérieur et remonter la pente même s'il nous arrive de glisser. La bonne parade est de se passionner pour ce qui compte réellement (le tuning, la cause des hippopotames d'eau douce, les body en lycra fushia, les friands au fromage surgelés, tout est possible). Ce changement est arrivé à l'apogée d'un moment charnière de mon insignifiante existence (la fin de l'adolescence) et m'aura beaucoup isolée (n'ayant pas vraiment le même vécu que les autres) mais aura eu le mérite de décupler ma curiosité et mon ouverture d'esprit. Ce genre de parcours nous rend aussi plus empathique et bizarrement très endurant et increvable comme un super pneu.


Contentement et Relativisation ( toute relative)

Si le trek en Amazonie n'est pas (encore) au programme et que de nombreux obstacles et difficultés m'attendaient par la suite, j'ai au moins appris à me satisfaire de peu et de ne jamais me sentir blasée. Une sortie chez Hyper U ? L'aventure commence ! Une virée dans la forêt environnante ? Et dire qu'il y a quelques années de cela, mes déplacements se résumaient à des allers et venues entre un téléphone, une fenêtre et un lit recouvert d'électrodes... L'univers ne s'écroule plus aussi facilement et chaque contrariété se replace sur une échelle de gravité qui me permet astucieusement d'éviter les "vie de merde" à tout bout de champ. Condamnée il y a 7 ans, je suis toujours là même si ce n'est pas dans la version espérée, et c'est déjà une chose non négligeable. 

Reprendre l'ascension et se mettre en danger

Dans Wild, Sheryl ne regarde qu'une seule fois derrière elle, et avance sans angoisser à ce qui pourrait l'attendre (tout en anticipant un peu tout de même). Le "sevrage" dans la vie réelle est plutôt similaire. On emprunte des sentiers escarpés, accidentés, il arrive qu'on chute, qu'on rechute, qu'on veuille capituler, qu'on veuille rebrousser chemin. Qu'on se demande pourquoi on en est arrivé là. Pourquoi on est pas aussi relax et épanoui que le bouquetin d'en face ? On finit par se relever, on fait des rencontres (bonnes ou mauvaises) et on tente de se mettre en "danger". Attention quand je dis danger je ne dis pas d'aller squatter le nid d'un aigle royal mais de sortir du sentier prédéfini et prévisible. Un défi de taille. L'ascension n'est peut-être pas fulgurante, mais elle perdure, nous fait évoluer durablement. Un mantra que l'on pourrait appeler RÉSILIENCE , terme psychologique imagé par cet arbre dont a coupé la cime mais qui continue à vivre.

Il peut être utile de relire cet article en cas de déprime, de découvert bancaire, de cookies vegan cramés qui empoisonnent ton quotidien sans réel fondement. 
Je te laisse méditer là dessus avec cet hymne d'illuminé hipster par excellence:







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